Organigramme d’un groupe criminel en réseau, avec un symbole de dollar

L’industrie du cybercrime : comment le crime organisé numérique s’organise

Fabrice BlanchetBlog et nouveautés

Cybersécurité · Appelez le tech

Oubliez l’image du pirate solitaire dans un sous-sol. Derrière une attaque par rançongiciel, il y a aujourd’hui une véritable entreprise, avec ses fournisseurs, ses employés à commission, son service à la clientèle et sa place de marché.

2 122victimes publiées sur des sites de fuite au premier trimestre 2026
529 M$ USde revenus estimés pour les groupes au premier trimestre 2026, +39 % en un an
N° 1Le rançongiciel est la principale cybermenace criminelle pour les infrastructures essentielles du Canada

Une entreprise comme une autre

Le modèle dominant porte un nom : le rançongiciel en tant que service (RaaS). Il copie le logiciel infonuagique que vous utilisez tous les jours. Un groupe développe le rançongiciel et loue sa plateforme à des « abonnés », les affiliés, qui mènent les attaques sur le terrain. Les revenus sont ensuite partagés.

Résultat : chaque acteur se spécialise, et personne n’a besoin de tout savoir faire. Un affilié n’a pas besoin de programmer; un développeur n’a pas besoin de pirater lui-même ses victimes.

L’organigramme d’une attaque

Opérateurs RaaS : la direction Développent le rançongiciel, louent la plateforme et le site de fuite · 10 à 30 % des rançons Courtiers d’accès initial Volent et revendent l’accès à votre réseau : mots de passe, VPN, bureau à distance Affiliés Mènent l’attaque et gardent de 70 à 90 % de la rançon Fournisseurs de services Outils de vol d’identifiants, hébergement, centres d’appels Négociateurs Clavardent avec la victime, fixent les délais et les montants Blanchisseurs Convertissent la cryptomonnaie en argent utilisable
Un réseau de spécialistes indépendants, souvent sans jamais se rencontrer.

Fait surprenant : c’est l’affilié, et non le développeur, qui touche la plus grosse part. Les opérateurs se font concurrence pour recruter les meilleurs. En mai 2026, un nouveau programme recrutait sur des forums criminels en promettant 90 % des revenus aux affiliés, avec un vocabulaire digne d’une offre d’emploi.

Le darkweb, la place de marché

Le darkweb désigne des réseaux comme Tor, accessibles avec un logiciel spécial, où l’emplacement des serveurs et l’identité des utilisateurs sont masqués. Il n’est pas illégal en soi, mais il héberge les marchés où cet écosystème fait ses affaires, avec vitrines, évaluations des vendeurs et service d’entiercement.

On y vend notamment :

  • des accès à des réseaux d’entreprises : VPN, bureau à distance, comptes Microsoft 365 compromis;
  • des journaux de vol : mots de passe et jetons de session aspirés d’un ordinateur infecté, parfois suffisants pour contourner l’authentification multifacteur;
  • des données volées, des outils et des services : rançongiciels, trousses d’hameçonnage, hébergement.

Les forces policières remportent de vraies victoires, comme le démantèlement de LockBit en 2024. Mais quand une infrastructure tombe, les affiliés changent simplement d’enseigne. On ne peut donc pas compter sur la police pour faire disparaître la menace.

Le rôle ambigu des assureurs

L’assurance cyber est devenue un acteur central. Lors d’une attaque, la victime appelle la ligne d’urgence de son assureur, qui active ses fournisseurs approuvés : avocat spécialisé, enquêteurs numériques, parfois un négociateur professionnel. Les assureurs ont aussi fait progresser la sécurité des PME en exigeant l’authentification multifacteur, des sauvegardes et des outils de détection.

L’effet pervers : pendant leur reconnaissance, les attaquants cherchent votre police d’assurance pour fixer la rançon juste sous votre plafond de couverture. Certains le citent ouvertement en négociation. Conservez-la, avec vos états financiers, hors du partage réseau commun.

Bonne nouvelle : de moins en moins de victimes paient. Selon la firme Coveware, la proportion est passée de 85 % au début de 2019 à environ 23 % en 2025-2026. Et payer pour faire « supprimer » des données volées n’offre pratiquement aucune garantie.

Briser la chaîne, maillon par maillon

Puisque l’attaque est une chaîne de spécialistes, chaque maillon est une occasion de l’arrêter.

Maillon criminelContrôle qui le brise
Courtier d’accèsAuthentification multifacteur partout, aucun bureau à distance exposé, VPN à jour
Journaux de volDétection sur tous les postes, pas d’usage personnel des ordinateurs de travail
Affilié dans le réseauMoindre privilège, comptes administrateurs séparés, segmentation
ChiffrementSauvegardes immuables, hors ligne et testées
ExtorsionPlan de réponse écrit, police d’assurance hors du réseau

Victime d’une attaque ? Signalez-la

Le Centre canadien pour la cybersécurité estime que la majorité des attaques contre des victimes canadiennes ne sont jamais signalées. Pourtant, chaque signalement aide à prévenir d’autres victimes :

  • votre service de police local;
  • le Centre antifraude du Canada;
  • le Centre canadien pour la cybersécurité (Mon cyberportail ou contact@cyber.gc.ca);
  • au Québec, la Commission d’accès à l’information si des renseignements personnels sont touchés (Loi 25).

Vous voulez savoir quels maillons sont faibles dans votre entreprise ?

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